On aurait pu croire que la fermeture de l'usine Solvay de Salindres marquerait la fin d'une longue histoire industrielle. Plus de 160 ans de présence, des générations de salariés, une activité économique qui a façonné tout un territoire. Mais si les machines se sont arrêtées, la pollution, elle, n'a pas disparu. Et c'est bien tout le problème. Depuis les révélations de Générations Futures en février 2024 sur la présence de PFAS, ces fameux polluants éternels, dans l'environnement et les ressources en eau, les inquiétudes n'ont cessé de grandir. Et les documents officiels ne sont guère rassurants. Plusieurs arrêtés préfectoraux pris cette année imposent à Rhodia Operations, filiale du groupe Solvay, de nouvelles mesures pour limiter les rejets et sécuriser le site. L'administration a notamment constaté des concentrations importantes de substances polluantes dans les eaux souterraines. Autrement dit, la fermeture de l'usine ne règle pas tout. Loin de là. Il faut évidemment reconnaître que des opérations de dépollution sont engagées. Que l'État exerce une surveillance et que des obligations ont été fixées à l'industriel. Mais comment expliquer que des substances continuent de rejoindre l'environnement alors même que la production a cessé ? Et surtout, combien de temps faudra-t-il pour retrouver une situation véritablement maîtrisée ? La question est d'autant plus importante que nous parlons ici de l'eau. Celle que nous consommons, celle qui irrigue nos terres, celle qui constitue une richesse essentielle de notre territoire. Certes, les captages alimentant Salindres sont situés en amont des rejets de l'ancienne usine. Mais ceux situés en aval nécessitent une surveillance particulière. Et personne ne peut se satisfaire durablement d'une telle situation. Dans ce contexte, l'annonce de nouveaux prélèvements par Générations Futures, notamment pour rechercher le TFA dans les eaux en aval du site et dans l'eau potable, mérite toute notre attention. L'association et le collectif Gard-Eau-PFAS ont au moins le mérite de maintenir ce dossier dans le débat public. Car au-delà des responsabilités industrielles, c'est aussi une question de transparence et de confiance envers les autorités. Notre territoire a longtemps bénéficié de cette activité industrielle. Il en a aussi supporté les conséquences. Aujourd'hui, il ne s'agit ni de condamner systématiquement une entreprise ni d'entretenir inutilement les peurs. Il s'agit simplement d'exiger que les engagements soient tenus, que les contrôles soient rendus publics et que le principe du pollueur-payeur soit pleinement respecté. Parce qu'une usine peut fermer ses portes. Mais elle ne peut pas laisser derrière elle une pollution dont les habitants devraient, seuls, supporter les conséquences.
Publié il y a 12 h -
Mise à jour le 05.11.2026 - Abdel Samari - 2 min
ÉDITORIAL Salindres, l'usine ferme mais la pollution reste
L'usine Solvay de Salindres
- Photo François DesmeuresDeux ans après les premières révélations sur les polluants éternels, le dossier de l'ancienne usine Solvay de Salindres est loin d'être refermé. Entre dépollution, rejets persistants et inquiétudes pour l'eau potable, les habitants attendent désormais des réponses et des garanties.
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Abdel Samari