Un immense moment convivial avant la torpeur hivernale, autour du fruit emblématique qui sauva des générations de Cévenols de la famine. N'étant plus un moyen de subsistance indispensable, la châtaigne des Cévennes est désormais une appellation d'origine protégée et donne lieu à des fêtes, chaque week-end d'automne, entre Gard et Lozère. Celle de Lasalle est une des plus imposantes, sur un 1er novembre dont la météo peut se révéler capricieuse. Mais quand il fait beau, comme en ce premier dimanche du mois, la réussite est totale.
Entre deux ventes, les castanéiculteurs présents se laissent volontiers interrompre pour échanger sur leur production. L'occasion de les interroger sur leur récolte annuelle et de la santé des vergers, alors qu'on sait le châtaignier menacé dans les Cévennes, à terme, par le réchauffement climatique. Et que l'année 2026 a sans doute livré un avant-goût du climat violent des prochaines décennies. Si, globalement, les producteurs qui témoignent ont noté une baisse de leur volume, parfois importante (notamment en Lozère), quelques pluies localisées de fin d'été ont sauvé certaines productions. Mais tous notent une souffrance des arbres.
"La canicule et la sécheresse ont été très importantes cette année, relève immédiatement Maïa, castanéicultrice à Lasalle, justement. Mais les orages de début septembre ont sauvé la mise, heureusement qu'on les a eus." Si les arbres étaient "chargés en bogues" et que les pluies salvatrices ont permis de les faire grossir, le calibre est tout de même plus petit que les autres années.
"En versant sud, toutes les dauphines sont en train de mourir"
Positive, Maïa se satisfait d'une chose, c'est que la chaleur et la sécheresse ont permis de "ne pas avoir beaucoup d'insectes, et pas beaucoup de pourriture. Mais chaque année est différente, a fortiori en agriculture biologique où on utilise aucun traitement". La productrice est toutefois consciente que le surplus de précipitations, l'hiver dernier, "a sauvé les arbres. Les nappes ont pu remonter et ont pu donner aux arbres ce dont ils avaient besoin cet été". Quant à savoir si elle craint de voir les châtaigniers affaiblis l'année prochaine, "on verra...", lâche-t-elle.
Colognac n'est pas bien éloigné de Lasalle. Mais les microclimats des versants ont dû jouer, car pour Adrien Vézinet, de la ferme Brin de Castagne, l'année est "catastrophique. Enfin, ça dépend de la variété... Mais, globalement, on a divisé la production par trois, voire plus. Je pensais que les 130 mm de pluie en septembre avaient sauvé la saison, mais non. Même si on sait qu'en temps normal, la Dauphine est déjà capricieuse, poursuit-il en évoquant les variétés de châtaignes. Mais, en versant sud, toutes les dauphines sont en train de mourir."
"C'est une souffrance des arbres qui va forcément se répercuter sur l'année prochaine et les suivantes", est convaincu Adrien Vézinet. Qui s'est mis à "ouvrir des zones de variétés de dauphines à changer, que je regreffe en Pellegrine". Plus tardive, la variété a plus de chance de bénéficier d'éventuelles pluies de septembre...
À Saint-Étienne-Vallée-Française, Nadia évoque aussi le manque d'eau qui donne "des calibres plus petits. On n'a même pas encore fini de ramasser !", s'étonne-t-elle. Camille Fages vit la même chose au Collet-de-Dèze, avec "des châtaigniers encore verts, qui ne lâchent pas leurs bogues".
Pour elle aussi, l'année 2026 est "une catastrophe, avec une perte d'environ 50% de la production. On a eu la canicule et pas de pluie au dernier moment, regrette-t-elle. Les fruits s'épluchent mal et les calibres sont petits, voire minuscules. On ne peut les valoriser qu'en farine."
"On a espéré des pluies utiles pour la Pellegrine, en fin de saison, poursuit Camille Fages. Mais elle les a juste fendues et fait tomber." Quant aux arbres, "pour l'instant, ils n'ont pas souffert. Mais c'est difficile de se prononcer pour le futur. J'ai peur qu'ils aient pris cher. On a des craintes mais pas de certitudes. En tout cas, ils ont puisé dans leurs réserves pour faire des fruits", ne doute pas Camille Fages. Qui constate avec tristesse : "On ne pensait pas ressentir le dérèglement climatique aussi vite."