Publié il y a 2 h - Mise à jour le 16.09.2026 - Yannick Pons - 3 min  - vu 137 fois

NÎMES Le cœur des femmes est à prendre… au sérieux

Deux femmes meurent chaque jour sur les routes de France, 35 d’un cancer du sein, 200 d’une maladie cardiovasculaire. Risques hormonaux, symptômes minimisés, soins retardés aggravent leur vulnérabilité. Ce mardi à Nîmes, une première journée de dépistage associait cardiologie et gynécologie au centre d’examens de santé de la CPAM du Gard.

Elle se dit que ça va passer. La fatigue s’installe, une douleur au ventre, puis les nausées. Aurore Noël, responsable Prévention et Territoires de la fondation Agir pour le cœur des femmes, décrit ces alertes que certaines femmes écartent, occupées à soigner leurs enfants, leurs parents, leur conjoint. Elles attendent, trop longtemps. Et lorsqu’elles consultent, il arrive que leurs symptômes soient encore minimisés, attribués au stress ou aux hormones. « Notre rôle, c’est aussi de faire un petit peu évoluer les mentalités pour que les soignants écoutent les femmes et surtout leur fassent confiance. »

L'infarctus tue plus que le cancer

Ce mardi, au Centre d’examens de santé de la CPAM du Gard, 71 femmes avaient été invitées à un dépistage gratuit. Une heure et demie à deux heures pour faire le point sur leur santé cardiovasculaire et gynécologique, repérer des anomalies et proposer un suivi adapté. D’autres participantes pouvaient être accueillies selon les places disponibles. Les équipes du centre, dont le médecin responsable est le docteur Corinne Dumontier, les professionnels libéraux de la CPTS Nemausa et des cardiologues hospitaliers étaient mobilisés.

Dans l’imaginaire collectif, l’infarctus reste souvent une affaire d’hommes. Aurore Noël évoque cette image tenace du quinquagénaire, bien plus spontanément associé à la maladie qu’une jeune femme. Les chiffres rappelés par la fondation mesurent pourtant l’ampleur du risque féminin. Deux décès quotidiens sur la route, 35 par cancer du sein, 200 par maladie cardiovasculaire. Infarctus, AVC et autres pathologies cardiovasculaires tuent ainsi près de six fois plus de femmes que le cancer du sein.

La douleur thoracique reste un signe fréquent de l’infarctus chez les femmes comme chez les hommes. Mais une fatigue intense et persistante, des nausées ou des douleurs digestives peuvent aussi accompagner l’accident et détourner l’attention du cœur. Aurore Noël insiste sur ces symptômes mal interprétés, par les patientes elles-mêmes comme par les professionnels. La fondation travaille donc aussi à sensibiliser les soignants, afin que les particularités féminines soient mieux reconnues.

Trois moments de vigilance

Le risque se comprend également à travers l’histoire gynécologique. Contraception, grossesse, ménopause constituent trois moments de vigilance. Certaines contraceptions hormonales peuvent accroître le risque cardiovasculaire selon les antécédents et les habitudes de vie. La grossesse peut révéler une hypertension ou un diabète qui comptent pour le suivi ultérieur. À la ménopause, la baisse des œstrogènes s’accompagne d’une augmentation du risque cardiovasculaire.

Aurore Noël prend un exemple concret. Une jeune fille reçoit une pilule à 16 ans et utilise toujours la même à 25 ans. Son mode de vie a pu changer, un excès de cholestérol apparaître. La prescription mérite alors d’être réévaluée. Il ne s’agit pas de renoncer à la contraception, mais de vérifier qu’elle reste adaptée.

D’où ce parcours commun, qui demande aux cardiologues de tenir compte de la santé gynécologique et aux gynécologues ou sages-femmes de repérer aussi les risques pour le cœur. « On ne peut pas, comme ça, regarder que le cœur », résume Aurore Noël. Les consultations doivent permettre aux professionnels de confronter leurs observations, au lieu de considérer séparément les organes et les traitements.

Six étapes

À Nîmes, le bilan se déroule en six étapes. Après l’accueil viennent les mesures de la pression artérielle, du poids, du périmètre abdominal, puis les analyses sanguines et urinaires. Un électrocardiogramme et un entretien gynécologique complètent le dépistage. Un médecin rassemble ensuite les résultats et propose une orientation vers des soins si nécessaire. Selon la fondation, huit accidents cardiovasculaires sur dix pourraient être évités grâce à la prévention, au dépistage et à un suivi régulier.

L'équipe de la journée • @CPAM

Encore faut-il pouvoir accéder à ces soins. Anne-Laure Usseglio, directrice adjointe de la CPAM du Gard, rappelle que le centre réalise chaque année de 4 500 à 5 000 examens de prévention. Les personnes précaires, éloignées du système de santé, représentent 70 % de son public. Elle rapporte aussi les données régionales présentées lors de la rencontre. En Occitanie, les femmes représentent 61 % des décès liés à l’insuffisance cardiaque et 58 % de ceux liés aux AVC.

Dépistage, santé, égalité

L’espace santé permet également de rencontrer une psychologue, une association spécialisée dans les violences faites aux femmes, ou de recevoir des conseils sur l’alimentation et l’activité physique. L’objectif est de permettre aux femmes de retrouver ces professionnels après la journée.

Du 22 au 29 septembre, médecins, pharmaciens et infirmiers se mobiliseront pour la Semaine de l’insuffisance cardiaque. La CPTS nîmoise prévoit notamment un atelier de cuisine destiné aux patients pour apprendre à réduire la consommation de sel. Une venue du Bus du cœur des femmes, à Nîmes, capable de proposer un dépistage à environ 300 femmes en trois jours, est également en discussion pour 2027 ou 2028.

Catherine Fenech, adjointe à la Santé publique de la Ville, rappelle combien la santé des femmes a longtemps été ramenée à la maternité. Leur permettre de prendre soin d’elles pour elles-mêmes constitue, souligne-t-elle, « un enjeu de santé publique et un enjeu d’égalité ».

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