"L’histoire n’est pas finie. L’État peut toujours agir." En visite ce jeudi 17 septembre sur le site de Fibre Excellence, à Tarascon, la secrétaire générale de la CGT a demandé à l’État et à la Région de racheter les actifs afin de sécuriser une usine classée Seveso seuil bas, mais aussi de préserver une possibilité de reprise.
Aucune sécurisation des lieux
Les ordinateurs sont vidés mais les cuves sont encore pleines. C’est le contraste que retient Sophie Binet de sa visite, ce jeudi matin, à l’usine Fibre Excellence. "On a vu qu'ils avaient vidé les ordinateurs mais qu'[…] ils n’avaient vidé aucune cuve", dénonce la secrétaire générale de la CGT. Liquidé le 29 juillet, le site a vu ses 270 salariés licenciés fin août. Sophie Binet refuse pourtant d’en parler au passé.
La dirigeante syndicale réclame un rachat des actifs par l’État et la Région, pour sécuriser les installations puis construire un projet industriel associant les salariés. Elle défend une production indispensable aux besoins quotidiens, des emballages aux produits d’hygiène, et à la réduction de l’usage du plastique dans notre pays. "On a besoin de l’usine de pâte à papier de Tarascon."
Pollution en cours
Mais l’urgence, ce jeudi, concerne d’abord ce qui reste sur place. Sophie Binet évoque 17 000 tonnes de bois sec et des milliers de mètres cubes de substances chimiques. Elle dénonce l’arrêt du pompage dans le Rhône, nécessaire à l’alimentation du réseau de défense incendie, ainsi que celui de la station d’épuration. Sophie Binet affirme donc qu’une pollution du Rhône est en cours à hauteur de 1,2 m³ toutes les deux heures et dit avoir constaté la présence de liqueur noire, un résidu de fabrication, au sol et dans les canalisations.
La secrétaire générale réclame également le recouvrement de 350 000 euros auprès du liquidateur, correspondant à sept jours d’une astreinte journalière de 50 000 euros restée sans effet. Elle exige enfin le versement de deux millions d’euros qu’elle affirme dus aux salariés. Sécuriser les lieux, payer les travailleurs et préserver l’outil industriel constituent les trois urgences de sa visite. "Il faut à tout prix sauver cette usine pour garantir notre souveraineté industrielle."
La Bourse du travail d'Arles, "notre ZAD"
Le site industriel à peine quitté, Sophie Binet s'est arrêtée à la Maison des syndicats de Tarascon. Une halte brève, mais symbolique : ici aussi, le maire a demandé à la CGT de quitter les lieux. Puis direction Arles, sa Bourse du travail, et une salle comble qui l'attend. Le ton est donné d'emblée. "Cette Bourse du travail est notre zone à défendre, notre ZAD !"
Vient l'arithmétique, implacable : "La CGT sait compter. Aujourd'hui, nous avons 400 m² à disposition des activités syndicales. Patrick de Carolis propose deux bureaux de 14 m² chacun. 28 m² contre 400 m², il ne nous aura pas comme ça !"
Mais ce jeudi, la secrétaire générale est surtout venue avec un message. Il tient en une phrase, adressée par-dessus les têtes au maire d'Arles : "Il faut retrouver la voie de la raison, celle du dialogue et de la négociation." La procédure de conciliation proposée par la CGT a été rejetée par l'édile. D'où cette pique, glissée comme une porte laissée entrouverte : "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis..."
D'autant que l'argument municipal ne convainc personne dans la salle. Installer l'office de tourisme ici ? "La Bourse du travail est bien moins fonctionnelle et accessible que les locaux actuels de l'office." "Sa préoccupation n'est pas de faire venir l'office de tourisme ici, c'est de nous virer", tranche net Gérald Mas.
"Ne vous comportez pas comme un maire d'extrême-droite"
Entourée des représentants des Unions locales (UL) de Tarascon et de Bagnols-sur-Cèze - elles aussi sous la menace d'une expulsion -, Sophie Binet hausse alors le ton pour un dernier avertissement au premier magistrat arlésien. "Vous n'êtes pas le seul maire à avoir engagé cette expulsion. D'autres le font, sauf qu'en grande majorité ce sont des maires d'extrême droite. Ne vous comportez pas comme un maire d'extrême droite, Monsieur de Carolis. J'espère que vous êtes encore républicain !" La salle applaudit.
Car ce qui se joue dépasse les mètres carrés, plaide-t-elle en rappelant le travail quotidien de la CGT auprès des salariés. "Si le maire ne renonce pas, Arles deviendra une zone de dumping social, de far west où les patrons auront les pleins pouvoirs sur leurs salariés", prévient Sophie Binet. Pour sa troisième visite dans la cité arlésienne, la dirigeante syndicale a fait une promesse : "Je viendrai à Arles autant de fois que nécessaire."
Calendrier d'occupation et caisse commune
Reste le calendrier judiciaire. Depuis le 13 juillet, la CGT d'Arles est expulsable, sous astreinte de 50 euros par jour. "Le seul qui peut avoir recours à la force publique, c'est le préfet", rappelle Nicolas Bourcy, secrétaire général de l'UL d'Arles. Mais le syndicat ne veut rien laisser au hasard. "Si Patrick de Carolis décide d'envoyer un serrurier ou la police municipale, il faut que nous soyons suffisamment nombreux pour les en empêcher." Un calendrier d'occupation a donc été mis en place, pour que les locaux ne soient jamais vides.
À cela s'ajoute une caisse commune. Frais de justice, astreintes : la solidarité financière s'organise entre unions locales. Ce jeudi, celle d'Aix annonçait prendre en charge un mois d'astreinte, soit 1 500 euros. "Par solidarité, mais aussi pour montrer que la CGT est une organisation. On est organisés ! La CGT d'Arles restera dans la Bourse du travail !" Organisés et déterminés.
Le mot de la fin revient à Sophie Binet, et c'est une question laissée en suspens, à l'adresse du maire : "Pourquoi tant d'acharnement Patrick de Carolis ? Que vous a fait la CGT ?" La patronne de la CGT a également fait savoir que le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, lui avait assuré qu'il contacterait prochainement Patrick de Carolis. "Pour lui, il n'est pas acceptable d'expulser un syndicat, sans proposition (de relogement) à la hauteur."