Le dossier de la digue du Rhôny, qui doit protéger Codognan et Vergèze contre les crues, a franchi ces derniers mois plusieurs étapes administratives décisives. Le Conseil national de protection de la nature a rendu un avis favorable en février 2026, l'enquête publique s'est achevée en juillet, et le commissaire enquêteur a lui aussi donné son feu vert en août. Reste désormais l'autorisation environnementale et la déclaration d'utilité publique, que la préfète du Gard doit encore délivrer.
Mais pour Joffrey Léon, la réalité économique a rattrapé le projet. "Les autorisations administratives, lorsqu'elles sont validées, ne permettent pas automatiquement de faire émerger des digues par une baguette magique", prévient-il. Premier motif d'inquiétude pour le nouveau président : le budget GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations). Voté fin 2025, il affiche déjà un déficit d'environ 22 500 euros. La collectivité compte mobiliser davantage la taxe GEMAPI pour muscler ce budget, mais Joffrey Léon se veut clair : "Il n'y a pas d'argent magique".
Car au-delà des études, il y a la phase du financement, puis celle des travaux. Le projet est aujourd'hui chiffré à environ 16 millions d'euros hors taxes, un montant qui pourrait encore évoluer selon les offres reçues dans le cadre du marché public, en pleine période d'inflation. Grâce au travail engagé notamment autour du PAPI III (programme d'actions de prévention des inondations) et d'autres fonds fédéraux, la Communauté de communes dispose de subventions représentant environ 80 % du coût du projet. Un soutien conséquent, mais qui laisse un reste à charge de 20 %, soit, selon les estimations, entre 3 et 5 millions d'euros à répartir entre les dix communes du territoire.
"20 %, comme ça, ça paraît pas beaucoup", relève Joffrey Léon, "mais rapporté à une enveloppe de 15 à 18 millions d'euros, la somme reste loin d'être négligeable". Le président évalue à environ quatre millions d'euros l'effort qui pourrait revenir aux dix communes. Pour financer cette part restante, l'intercommunalité n'aura d'autre choix que de recourir à l'emprunt, sous réserve d'une décision du conseil communautaire. Un emprunt qui, pour être couvert, nécessitera des recettes fiscales GEMAPI bien supérieures à celles perçues aujourd'hui. Joffrey Léon ne tourne pas autour du pot : la collectivité sera "condamnée" à augmenter la taxe GEMAPI.
Une solution alternative, celle de faire porter l'effort par le budget général de l'intercommunalité, est écartée par le président. Elle reviendrait, selon lui, à reconnaître que le projet a été mal calibré par rapport au budget prévu, et à geler d'autres projets du territoire pendant sept ans. Un principe juridique de fléchage des recettes fiscales sur les projets empêche par ailleurs d'abonder année après année depuis le budget général.