Publié il y a 2 h - Mise à jour le 22.10.2026 - Olivier Lemierre - 4 min  - vu 217 fois

ARLES / SAINT-MARTIN La décrue s'amorce et les secours s'activent toujours

Le colonel Briend, directeur adjoint du SDIS 13, et Séverine Dellanegra. 

- O.L.

Privée d'électricité une partie de la nuit et de la journée, la commune de Saint-Martin-de-Crau connait enfin une décrue de la Chapelette. Les nombreux sapeurs-pompiers du département et de départements voisins s'activent pour retrouver des conditions de vie proches de la normale. À Mas-Thibert, comme à Arles, on redoutait le débordement du canal du Vigueirat dont le niveau baisse heureusement. La circulation sur la RN113 est rétablie dans les deux sens.

L’épisode cévenol de lundi et mardi a plongé la ville de Saint-Martin-de-Crau dans une situation critique. Coupée du monde avec des routes inondées en ville et aux alentours, privée d’électricité en raison du poste principal envahi par les eaux, la commune commence à peine à vivre la décrue. Des groupes électrogènes ont été installés par Enedis pour alimenter les 3000 clients impactés. Le plan Orsec a été déclenché par le préfet afin de pouvoir bénéficier de renforts humains et matériels.

Le niveau de l'eau a atteint plus d'un mètre quartier du Mas Broussard. • O.L.

La maire, Séverine Dellanegra, a demandé la reconnaissance de catastrophe naturelle auprès du préfet. Environ 100 pompiers du 06, du 66 et du 81 sont venus en renfort, ainsi que du personnel de la sécurité civile pour répondre aux besoins. "Depuis trois jours nous avons effectué 2 700 interventions mobilisant plus de 1 000 sapeurs-pompiers sur le département. L’étendue de cet épisode climatique est énorme", indique le colonel Briend, directeur départemental adjoint du SDIS13, en déplacement dans la commune.

Trois victimes sur le département

Un tiers environ des interventions ont eu lieu dans le secteur d’Arles et de Saint-Martin. "Nous avons d’abord privilégié les mises en sécurité des personnes, près de 1 000 au total sur le département, puis maintenant nous aidons à la décrue avec les pompes. On sera là pour faciliter le retour à une vie normale des citoyens. Nous insistons sur le fait que même si une décrue est amorcée, il ne faut pas s’engager sur des routes inondées. Nous déplorons bien sûr les trois victimes connues à cette heure sur le département, et présentons nos condoléances aux familles. Des enquêtes sont en cours pour déterminer les causes des décès".

La zone logistique de Saint-Martin toujours sous l'eau.

Côté dégâts matériels, les zones d’activités du Bois de Leuze, de l'Écopole, la Zac de la Cabrau sont fortement impactées avec des entreprises incapables de reprendre leur activité pour le moment. Au total, sur le pays d’Arles, une centaine d’entreprises serait touchée, dont bon nombre sur Saint-Martin. À titre d’exemple, le MacDo est toujours entouré d’eau et l’accès à certains entrepôts logistiques reste impossible.

La décrue dans le lotissement du Mas Boussard, qui compte environ 300 habitations, commence doucement. Le niveau d’eau y a dépassé le mètre. Impossible à l’heure actuelle d’évaluer l’ampleur des dégâts, mais ils seront lourds. "Nous allons faire le point avec la chambre de commerce et d’industrie, avec la chambre des métiers et la chambre d’agriculture", assure la maire. "La nappe de la Crau était pleine et l’eau est tombée comme jamais : 260 mm en 24h. Elle n’a pu être absorbée ni repartir vers les cours d’eau. Le canal de la Chapelette a débordé et a envahi la ville".

Côté circulation, cela s’améliore. La RN113, qui était inondée, a pu rouvrir dans la journée entre Arles et Saint-Martin-de-Crau, de même que l’autoroute menant à Salon-de-Provence permettant de rejoindre l’A7. En revanche la route départementale entre Raphèle et la ville reste impraticable, il faut passer par la route d’Eyguières et le hameau de Caphan.

Crainte sur le Vigueirat

Dans les hameaux d’Arles, à Raphèle comme à Moulès, l’heure est au pompage dans les mas qui se trouvent au nord du canal de Craponne. Un canal plus haut que le sol qui a fait obstacle à l’écoulement des eaux. Désormais vidé, il peut accueillir et évacuer les eaux de pompage. L’inquiétude était vive aussi concernant le débit du canal du Vigueirat, d’Arles à Mas Thibert. Une vigilance rouge alerte a été émise par la mairie le 21 octobre dans la soirée, demandant à tous de ne pas s’approcher du canal qui pouvait menacer la population. Des rumeurs de brèches ont circulé. Il n’en est rien. En revanche le canal a bien débordé dans la réserve naturelle nationale des marais du Vigueirat. L'eau y a monté de 30 cm. Une première.  

"Mais aujourd'hui le niveau a baissé d'environ 5 cm", assure Fabrice Djemai, l’adjoint au village de Mas-Thibert. "Le risque était qu’il déborde et inonde tout, alors on reste vigilants. Nous totalisons plusieurs centaines de familles touchées, dans le village et surtout à l’extérieur. Nous avons eu trois pompes de la ville, des pompes des agriculteurs et une énorme de la sécurité civile pour évacuer l’eau. Ici, le centre du village est à 1,80 mètre de hauteur. Nous sommes placés dans l’ancien lit de la Durance et l’eau qui tombe au nord s’écoule vers chez nous. C’est pourquoi la route des marais est toujours impraticable."

A Mas Thibert on surveille le niveau du canal du Vigueirat. • O.L.

Après l’épisode cévenol de ce début de semaine, certes exceptionnel, d’ordre centennal en termes de précipitations, la question se pose de savoir si le territoire est bien préparé. Est-il normal que la RN113, par exemple, axe majeur entre l’Espagne et l’Italie, soit inondée et coupée si longtemps ? Peut-on vraiment s’étonner que de très grandes surfaces imperméabilisées comme les zones logistiques prennent l’eau ? Le bassin versant du secteur est gigantesque. Les précipitations s’écoulent du nord vers le sud en direction de la mer par les seuls canaux du Vigueirat et celui d’Arles à Bouc. Des canaux larges de quelques mètres. De plus le canal d'Arles à Bouc ne permet pas l’évacuation quand le vent vient du sud et que le barrage anti-sel dépendant du Grand Port Maritime de Marseille bloque. La montée du niveau de la mer de 5 mm par an du fait du réchauffement climatique est également à prendre en compte. Les épisodes cévenols seront à l’avenir plus nombreux et probablement plus violents. Il faudra en tirer les leçons.

Un accueil des entreprises à Arles

En attendant, il faut parer aux urgences. La CCI du Pays d’Arles reste mobilisée. Elle propose aux entreprises qui en ont besoin de les accueillir au Palais des Congrès d’Arles, où elles pourront disposer de bureaux et de grands espaces de travail équipés d’une connexion internet haut débit. Des solutions sont également prévues pour leur permettre d’organiser des visioconférences et de maintenir leurs échanges avec leurs clients, partenaires et collaborateurs. Cette solution temporaire vise à permettre aux entreprises de poursuivre leur activité dans les meilleures conditions possibles, le temps que leurs locaux et leurs moyens de communication soient de nouveau opérationnels. Les entreprises sinistrées sont invitées à prendre directement contact avec les équipes du Palais des Congrès pour échanger sur leur situation et envisager les modalités d’accueil.

Contact et renseignements : Téléphone : 04 90 99 08 08. E-mail : palais.congres@arles.cci.fr Pour rappel, les entreprises sinistrées peuvent toujours contacter la cellule d’appui : par e-mail : celluleappui@arles.cci.fr et par téléphone : 04 90 99 08 08.

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