À Nîmes
« Je ne comprends pas pourquoi on a pris le parcours le plus long alors que la pluie était annoncée ! On ne manifeste pas tous les jours et sous l’eau et le froid, il va forcément y avoir encore moins de monde… C’est contreproductif pour le mouvement. Des photos seront prises du cortège et nous serons peu nombreux, c’est dommage, ça peut décourager les gens », lançait un habitué des cortèges qui avouait sa déception quant au choix du parcours et à la volonté des manifestants.
Finalement, point de pluie (à ce moment-là de la manifestation). Du coup, du monde. Plus que prévu, plus qu’espéré. « Je ne m’attendais pas à voir autant de monde. Ils annonçaient quelques centaines, on est plutôt quelques milliers. Les jeunes sont là, ils chantent, c’est agréable. Qu’ils prennent les clés du camion, nous sommes là pour faire leur conduite accompagnée ! », sourit Étienne.
C’est vrai, quelques jeunes sont bien venus se fondre dans le cortège et revendiquer leurs envies avec le sourire, mais la ferme décision de ne pas lâcher l’affaire. Cléa sort du cortège, se met à l’écart et discute avec deux personnes bien plus âgées, habituée des revendications.
Une discussion s’enclenche et la jeune-femme fait rêver les seniors. Un espoir, une vision. « Nous ? On veut aller jusqu’au bout, mais les autres vont-ils tenir ? Je ne pense pas qu’il faille faire des manifs tous les samedis ou de temps en temps, ça n’a jamais marché. Il faut aller plus loin et tenir bon sans s’arrêter jusqu’à obtenir ce que nous voulons. Pas de pause dans notre mouvement, on veut un avenir clair, on est prêt à se sacrifier pour que les autres puissent en avoir un. Meilleur. J’ai 21 ans, je ne vois aucune douceur dans nos vies. Je ne veux plus de cela, je suis un être humain, je marche droit, fièrement et j’avance. Que les gens nous suivent et nous irons, ensemble, vers un avenir plus agréable pour tous, pour chacun. »
Ils étaient des milliers à parler de la même voix. 1 000, 3 000 (vraisemblable et raisonnable), 10 000 ? Un chiffre froid reflète-t-il réellement une humeur profonde et ambiante ?
À Alès
Malgré la pluie et la vigilance orange, la mobilisation n'a pas faibli dans les rues d'Alès. Ce jeudi 5 novembre, plus de 900 personnes ont défilé pour faire entendre leur mécontentement. Salariés, retraités, enseignants, soignants et représentants syndicaux se sont retrouvés pour dénoncer les choix budgétaires du gouvernement, la baisse du pouvoir d'achat et la dégradation des services publics.
Dès 10 heures, devant la sous-préfecture du Gard, les parapluies étaient de sortie, les revendications aussi. Les représentants de la CGT, de la FSU et de FO se sont succédé au micro pour exposer leurs revendications. Augmentation des salaires et des pensions, défense des services publics, moyens supplémentaires pour l'éducation et la santé : les sujets de mécontentement étaient nombreux. À 10h30, le cortège s'est élancé sur le boulevard Louis-Blanc, avant de rejoindre le lycée Jean-Baptiste-Dumas, partiellement bloqué dans la journée, pour apporter son soutien à la mobilisation de la jeunesse.
La contestation s'est poursuivie dans l'après-midi du côté de l'hôpital d'Alès. À 14h30, une nouvelle mobilisation, organisée par la CGT du centre hospitalier, a rassemblé des agents hospitaliers et des défenseurs de l'établissement devant ses portes. Cette fois, les revendications portaient plus particulièrement sur les conditions de travail des soignants, les moyens accordés à l'hôpital public et l'avenir de plusieurs structures de soins du bassin alésien.
Prenant la parole, Romain Sabran, secrétaire général de la CGT du centre hospitalier, a dénoncé une « double peine » pour les agents et les usagers : la hausse du coût de la vie d'un côté, et les restrictions budgétaires qui fragilisent le service public de santé de l'autre. Il a notamment alerté sur le manque de personnel, les difficultés de remplacement et l'épuisement des équipes. À titre d'exemple, il a évoqué un taux d'absentéisme proche de 17 % dans les Ehpad de l'établissement, contre 10 % en moyenne nationale.
La situation de la psychiatrie alésienne a également occupé une place importante dans les prises de parole. La CGT s'inquiète notamment de la fermeture de l'hôpital de jour La Maison Lune, au Vigan, mais aussi du projet de déplacement du Mas Châlon, actuellement tourné vers la cité, dans les locaux de l'hôpital psychiatrique. Le syndicat réclame notamment le maintien d'un hôpital de jour en ville, la préservation des quatre postes de sages-femmes dont les contrats ne seront pas renouvelés en décembre et davantage de garanties pour les personnels.
Au Vigan, 130 personnes rejoignent la cité scolaire
"On est d'abord ici en soutien du mouvement lycéen et étudiant", lance Coralie Joly, responsable de l'union locale CGT du Vigan, qui s'abrite sous une tente, devant la sous-préfecture, avant les prises de parole. Mais les revendications syndicales ne sont pas bien loin. "On vient réclamer une hausse des salaires, une hausse du point d'indice pour la fonction publique, des services publics de qualité, un niveau de vie correct."
"Notre Sécurité sociale, c'est notre survie, lance au micro une de ses militantes CGT. On la défend pour nous-mêmes et pour les générations futures (...) Depuis des mois, nous alertons le gouvernement et nous ne sommes pas entendus." La CGT dénonce aussi la "banalisation des propos racistes en France. Nous y opposons la solidarité." La Confédération paysanne réclame "la juste rémunération du travail de toutes et tous" alors que "le monde paysan subit de plein fouet la baisse du pouvoir d'achat". Pour La France insoumise, l'ancienne maire de Dourbies, Irène Lebeau, souligne qu'une "minorité s'est accaparée les biens produits par tout le monde. Cela s'est accéléré depuis 2017".
Dans le défilé, certains manifestants sont habillés d'un gilet jaune. Il s'agit des salariés de l'ESAT de la Tessone, à Molières-Cavaillac. "On travaille 33 heures payées 35, mais pour la moitié du SMIC. Ce n'est pas propre à notre établissement, c'est la loi." Mais eux aussi aimeraient être payés plus. Dans le cortège, ancien agent EDF, Daniel vient de prendre sa retraite. "Les jeunes ont montré des revendications légitimes. Ils sont mobilisés depuis six semaines et n'ont pas obtenu de réponse correcte."
"On s'aperçoit qu'on n'offre pas un grand avenir à nos jeunes. L'objectif d'avenir est juste fait pour le grand capital. Je pense que ce qui manque le plus, c'est la justice sociale : aujourd'hui, on s'aperçoit que l'écart entre la grande richesse et les pauvres, qui sont de plus en plus nombreux en France, se creuse, poursuit Didier. Les services publics sont en décrépitude complète : mon épouse travaille en milieu hospitalier, ça devient catastrophique. On laisse faire les cliniques privées, qui s'assurent des grands revenus, et on laisse crever le public".
Pour lui, les émeutes des manifestations sont "au moins encouragées pour donner des images de casse et de vandalisme. On l'a vu avec le gazage de l'Orchestre du Nouveau Monde, à Paris, alors que la manif n'avait pas démarré et que pendant ce temps, à côté, d'autres défonçaient des magasins. Le gouvernement laisse pourrir, mais on ne va pas attendre jusqu'aux élections !"
Marie-Jo est venue manifester "par rapport à la jeunesse. On est arrivés à un point où la jeunesse n'a plus d'avenir, que ce soit écologique, de travail, etc. Sans parler des mauvaises conditions dans les lycées et les collèges. J'ai des petites filles et j'ai peur pour leur avenir. Mais ce sont les jeunes qui nous réveillent !" Comme beaucoup, Marie-Jo n'attend pas de solution de l'élection présidentielle, si ce n'est une peur "de ce qui vient". Pour l'instant, "manifester est la seule façon de faire bouger les choses".
Bagnols : le cortège réunit près de 300 manifestants
Une centaine de personnes à 10 heures, près de 300 au fil de la matinée : le cortège a grossi ce jeudi 5 novembre à Bagnols-sur-Cèze. Réunis place Auguste-Mallet à l’appel de la CGT, de la CFDT, de FO, de la FSU et de SUD-Solidaires, enseignants, soignants, salariés et retraités ont fait entendre leurs revendications.
Les prises de parole ont mis l'accent sur les salaires, la défense des services publics et l'amélioration des conditions d'études. La foule a ensuite quitté la place pour rejoindre le lycée Albert-Einstein et soutenir les lycéens, peu nombreux dans le cortège. À l’arrivée, certains invitaient à poursuivre la mobilisation à Nîmes.
À Arles
Ils étaient 1 300 selon la CGT à défiler dans les rues d'Arles ce jeudi 5 novembre, contre 1 100 lors de la manifestation du 6 octobre. Étudiants, retraités, salariés du public comme du privé… Une mobilisation en hausse donc, et une colère qui se cristallise, portée par un contexte national tendu : projet de budget 2026, suppressions d'emplois dans les services publics, précarité des jeunes et des salariés.
La jeunesse était ici en première ligne. Lors des prises de parole, les lycéens, notamment ceux de Montmajour, ont appelé "les adultes" à venir les "aider à manifester". "Plus il y a d’adultes, plus on sera protégé et écouté", ont-ils lancé aux autres manifestants. Ce sont eux qui ont pris la parole les premiers, racontant les blocus qui "ne prenaient plus" et le besoin d’être entendu pour envisager un avenir meilleur. Leur ont succédé sous le kiosque à musique, les représentants de l’intersyndicale.
"La France est en cours de paupérisation. Tout augmente, sauf les salaires. Les jeunes n'ont plus de perspectives, et seul le grand patronat s'en sort", a lâché Nicolas Bourcy, secrétaire de l’union locale de la CGT. "Depuis la rentrée, la CGT s'inscrit dans un mouvement social d'ampleur, poursuit-il. Le projet de budget 2026 tourne le dos à la jeunesse. Se soigner correctement, compter sur des services publics, ce sont des droits essentiels, pas des économies à réaliser."
L'intersyndicale a pointé aussi les "milliers d'emplois menacés dans les Bouches-du-Rhône" et des "droits de manifester bafoués". "C'est par la grève massive que nous gagnerons, que nous obtiendrons l'augmentation des salaires et des pensions. La riposte doit être collective !" Et Nicolas Bourcy d'appeler à "la généralisation de la grève. Unis et déterminés, nous pouvons gagner."
Pour la FSU, l'heure était au questionnement générationnel : "Quel est ce monde que nous laissons à notre jeunesse ?" Le syndicat a rappelé la mobilisation du 29 septembre pour les services publics, rejointe ensuite par les lycéens, et dresse un constat. Sans appel. Celui d'un "monde en crise, écologique et économique, un monde violent, celui du système libéral. Toutes les revendications sont légitimes." Et a dressé le bilan présidentiel, sévère, dans le domaine de l’éducation nationale : "10 000 suppressions de postes en dix ans. On a fait reculer le gouvernement sur les dernières suppressions de postes envisagées, mais on doit continuer la mobilisation."
Enfin, les entreprises et le maintien de l'emploi local étaient aussi à l'affiche de cette manifestation. Dans les discours, comme sur les banderoles. Il faut dire que les fermetures qui frappent le territoire se succèdent. Après celle de Fibre Excellence, devrait intervenir celle, encore à Tarascon, de BVF (Boulangerie Viennoiserie Française) qui fait l'objet d'un projet de fermeture et d'un plan de réorganisation sociale. "On ne peut pas accepter que nos emplois soient de simples variables d'ajustement."
Avignon : 2 000 manifestants selon la police, 6 000 selon la CGT
À Avignon, la journée a débuté par une marche depuis la cité administrative. À midi, la rassemblement a rejoint la place du Palais des Papes, comptabilisant environ 2 000 personnes selon la police et 6 000 selon la CGT. À l'issue de cette première action, certains enseignants ont choisi de prolonger le mouvement dans l’après-midi.
Vers 14h30, une trentaine d'entre eux, accompagnés de membres de Force Ouvrière Enseignement et de quelques étudiants, se sont réunis devant la Direction académique de Vaucluse. Malgré une affluence plus réduite qu'en matinée, ce nouveau regroupement a permis d'apporter les revendications directement devant les services de l’Éducation nationale.
Attention, la préfète a interdit l’usage et le transport des artifices, d’articles pyrotechniques jusqu’au samedi 7 novembre 23h dans tout le département. Même interdiction pour le port d’équipements de protection de type masque FFP2, casques, protections de membres… interdits jusqu’au samedi 7 novembre 23h dans tout le département, sans justification valable professionnelle ou de santé...
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