L'affluence s'oublie un peu quand l'engouement ne se désavoue pas. Car, si la foule a semblé moins nombreuse qu'à l'accoutumée en cette 32e foire de la Pomme et de l'Oignon doux des Cévennes, la coopérative n'avait plus d'oignons à vendre aux environs de 15h30, que ce soit à son stand de l'entrée des quais ou au drive de l'entrée de ville. Et la fameuse pyramide était déjà démontée à la même heure, les derniers cartons d'oignons s'échangeant rapidement. Il ne restait plus qu'à conseiller aux gens sur le départ de passer par la coopérative Origine Cévennes, à quelques kilomètres, pour accéder à ce "must" de la vallée de l'Hérault.
Pour sa première foire, la nouvelle sous-préfète du Vigan, Christine Portero Espert, avait l'honneur de recevoir la visite, en tenue décontractée, de la nouvelle préfète du Gard, Fabienne Decottignies. Elles se sont toutes deux retrouvées avec les responsables de la profession et de la coopérative, au milieu d'élus locaux (*), à l'heure de l'apéritif. Responsables de la filière oignons doux et sous-préfète avaient déjà fait connaissance, jeudi dernier, lors d'une réunion en sous-préfecture du Vigan, qui pourrait déjà accélérer les choses.
Des solutions d'urgence y ont été évoquées, pour faire face à une éventuelle sécheresse. Car si les demandes de retenues collinaires suivent leur cours - après l'étude de faisablité, les producteurs doivent maintenant fournir une "étude de maturation" - celles-ci ne seront pas disponibles avant quelques années et... quelques aides à la construction que réclame la profession.
En attendant les retenues, Gaël Martin, président de l'AOP Oignons doux des Cévennes, est sorti relativement satisfait de sa réunion avec Christine Portero Espert. "Je pense qu'elle veut faire des actions urgentes, avec des petites réserves d'eau qui seraient contenues dans des poches souples." Un peu à la façon de celles qui existent dans les forêts ou à proximité de certains sites industriels, en soutien à la lutte contre l'incendie.
Christine Portero Espert ne débarque pas en novice sur les questions de ressource en eau : elle fut nommée sur cette mission en 2024 dans les Pyrénées-Orientales, avant d'accepter la fonction de sous-préfète du Vigan (relire ici). Elle confirme, donc, chercher "un levier à court terme" et permettre aux producteurs d'accéder à "des moyens d'optimisation sur l'irrigation". Des moyens à ajuster au plus près des producteurs et de leur situation.
"La question des stockages plus structurants suit son cours, confirme aussi Christine Portero Espert. Mais c'est un travail plus long." La solution provisoire de bâches souples, la sous-préfète du Vigan l'a déjà expérimentée dans les Pyrénées-Orientales. Mais elle prévient qu'il faudra aussi travailler à limiter l'évaporation, et à s'engager sur "des mesures de sobriété" de la part des producteurs, dont la production devrait baisser d'environ 400 tonnes cette année. "Elle a l'air de vouloir avancer, se réjouit Gaël Martin, elle connaît le sujet. On n'a pas eu besoin de lui expliquer dix fois !"
À moins de disposer d'une source et d'un aménagement, ou d'un bassin à proximité, les producteurs de châtaignes n'ont pas pu irriguer cet été, quand sécherese et canicule ont frappé simultanément. Et la perte est sévère, "un peu plus de 60% de moins", pour Nadia Vidal, productrice autour du Collet-de-Dèze et présidente de l'AOP Châtaigne des Cévennes. La faute à des fruits trop petits, ou à certains châtaigniers qui ont préféré se délester de leurs fruits pour survivre.
"Au final, les fruits tombent quand même tardivement cette année", s'étonne la Lozérienne. Mais l'an prochain, ça risque d'être une catastrophe dans les vergers. En récoltant cette année, on a bien vu sur les arbres que les feuilles avaient souffert". S'est ajoutée à cette agression météorologique, la "prédation" des sangliers, plus importante que d'habitude. "Ils font se retourner les filets, quand ils ne les mangent pas pour accéder aux châtaignes. Et on a un collègue chasseur à qui on ne donne pas l'autorisation de tirs de nuit quand il en surprend dans ses vergers", se désole Jean-Luc Vidal, mari de Nadia.
"Sur les parcelles récentes, il n'y a pas de possibilité d'irriguer, constate Nadia Vidal. Les arbres qui ont été greffés cette année ne survivront pas." La présidente de l'AOP Châtaigne des Cévennes ne préfère pas parler de "retenue collinaire", plutôt de "petit hydraulique, des bassins dans les terres", comme en disposaient d'ailleurs souvent les hameaux cévenols. Mais pour cela, des aides seraient nécessaires, quand clôturer "2,5 km coûte déjà 40 000 €..."
Au bord de l'Hérault, à Saint-Julien-de-la-Nef, Jean-Philippe Guibal, a pu bénéficier "de 70 m3 d'eau par jour, dans cette portion", pour arroser ses pommes, notamment la Reinette du Vigan, et ses noix. Mais "il a fallu être très vigilant à cause de la chaleur, confie-t-il entre deux clients de la foire. Le plus important, en plus de l'irrigation, c'est la taille que j'effectue chaque année" de façon à protéger les fruits.
Le producteur de pommes a néanmois dû utiliser un talc, "un produit blanc qui reflète la lumière du soleil", pour protéger certains pommiers. "La moitié du verger est aussi protégée par un pare-grêle", rassure-t-il. Pour Jean-Philippe Guibal, les retenues collinaires ne suffisent pas, face à la quantité d'eau qui tombe et file à la mer. Il souhaiterait voir émerger "un ou deux petits barrages sur l'Hérault", afin de disposer d'eau d'irrigation pour la vallée. Tout en sachant que la loi sur l'Eau ne le permettrait pas.
Loin de ces considérations, Sylvie et Françoise font une pause en mangeant sur les marches des halles du Vigan. Les deux soeurs, qui semblent avoir atteint l'âge de la retraite, sont venues d'Alès pour "sortir, voir du monde. Et favoriser les produits locaux." Étonnament, c'est leur première foire de la pomme et de l'oignon doux. Même si elles trouvent de l'oignon doux "dans les supermarchés d'Alès". Ici, elles apprécient "la qualité des produits" et "une fête qui a gardé son authenticité". "Et dans deux semaines, on sera à Lasalle !", rigole Sylvie. Le 1er novembre, il y sera surtout question de châtaignes...
(*) Sylvie Arnal, maire du Vigan ; Régis Bayle, président du Pays viganais ; Emmanuel Grieu, maire de Mandagout ; Laurent Pons, maire de Vissec ; Sylvain André, maire de Cendras et président des Maires ruraux du Gard ; Jean-Luc Gibelin, vice-président du conseil régional Occitanie et élu à Salindres ; Patrice Canayer, conseiller régional et Denis Bouad, sénateur du Gard.