Publié il y a 1 h - Mise à jour le 18.10.2026 - François Desmeures - 5 min  - vu 64 fois

FAIT DU SOIR Pommes et oignons doux au Vigan : la sécheresse, accélérateur d'accès à l'eau ?

Le stand de la coopérative, pris d'assaut dès le matin

- François Desmeures

Si la foire de la pomme et de l'oignon doux des Cévennes reste un énorme succès populaire, visiteurs et curieux ont semblé moins nombreux cette année, notamment l'après-midi. Alors que les productions phares de la foire ont toutes souffert cet été, une réunion a eu lieu en sous-préfecture, jeudi, pour accélérer la mise à disposition urgente d'eau pour les cultures d'oignons doux. En attendant les retenues, dont d'autres cultures aimeraient aussi disposer...

Préfète, sous-préfète, élus et autorités réunis, ce dimanche, sous la pyramide d'oignons doux • François Desmeures

L'affluence s'oublie un peu quand l'engouement ne se désavoue pas. Car, si la foule a semblé moins nombreuse qu'à l'accoutumée en cette 32e foire de la Pomme et de l'Oignon doux des Cévennes, la coopérative n'avait plus d'oignons à vendre aux environs de 15h30, que ce soit à son stand de l'entrée des quais ou au drive de l'entrée de ville. Et la fameuse pyramide était déjà démontée à la même heure, les derniers cartons d'oignons s'échangeant rapidement. Il ne restait plus qu'à conseiller aux gens sur le départ de passer par la coopérative Origine Cévennes, à quelques kilomètres, pour accéder à ce "must" de la vallée de l'Hérault.

Le président la coopérative Origine Cévennes, Philippe Boisson (à gauche) et le président de l'AOP Oignons doux des Cévenns (à droite), en discussion avec le maire de Mandagout, Emmanuel Grieu • François Desmeures

Pour sa première foire, la nouvelle sous-préfète du Vigan, Christine Portero Espert, avait l'honneur de recevoir la visite, en tenue décontractée, de la nouvelle préfète du Gard, Fabienne Decottignies. Elles se sont toutes deux retrouvées avec les responsables de la profession et de la coopérative, au milieu d'élus locaux (*), à l'heure de l'apéritif. Responsables de la filière oignons doux et sous-préfète avaient déjà fait connaissance, jeudi dernier, lors d'une réunion en sous-préfecture du Vigan, qui pourrait déjà accélérer les choses.

Dans les allées de la foire • François Desmeures

Des solutions d'urgence y ont été évoquées, pour faire face à une éventuelle sécheresse. Car si les demandes de retenues collinaires suivent leur cours - après l'étude de faisablité, les producteurs doivent maintenant fournir une "étude de maturation" - celles-ci ne seront pas disponibles avant quelques années et... quelques aides à la construction que réclame la profession.

Les beignets d'oignons doux, toujours un succès • François Desmeures

En attendant les retenues, Gaël Martin, président de l'AOP Oignons doux des Cévennes, est sorti relativement satisfait de sa réunion avec Christine Portero Espert. "Je pense qu'elle veut faire des actions urgentes, avec des petites réserves d'eau qui seraient contenues dans des poches souples." Un peu à la façon de celles qui existent dans les forêts ou à proximité de certains sites industriels, en soutien à la lutte contre l'incendie.

Une mini-ferme, à côté des jeux pour enfants • François Desmeures

Christine Portero Espert ne débarque pas en novice sur les questions de ressource en eau : elle fut nommée sur cette mission en 2024 dans les Pyrénées-Orientales, avant d'accepter la fonction de sous-préfète du Vigan (relire ici). Elle confirme, donc, chercher "un levier à court terme" et permettre aux producteurs d'accéder à "des moyens d'optimisation sur l'irrigation". Des moyens à ajuster au plus près des producteurs et de leur situation.

L'arrivée de la confrérie de l'oignon doux des Cévennes • François Desmeures

"La question des stockages plus structurants suit son cours, confirme aussi Christine Portero Espert. Mais c'est un travail plus long." La solution provisoire de bâches souples, la sous-préfète du Vigan l'a déjà expérimentée dans les Pyrénées-Orientales. Mais elle prévient qu'il faudra aussi travailler à limiter l'évaporation, et à s'engager sur "des mesures de sobriété" de la part des producteurs, dont la production devrait baisser d'environ 400 tonnes cette année. "Elle a l'air de vouloir avancer, se réjouit Gaël Martin, elle connaît le sujet. On n'a pas eu besoin de lui expliquer dix fois !"

La distillerie B&G, de Bez-et-Esparon • François Desmeures

À moins de disposer d'une source et d'un aménagement, ou d'un bassin à proximité, les producteurs de châtaignes n'ont pas pu irriguer cet été, quand sécherese et canicule ont frappé simultanément. Et la perte est sévère, "un peu plus de 60% de moins", pour Nadia Vidal, productrice autour du Collet-de-Dèze et présidente de l'AOP Châtaigne des Cévennes. La faute à des fruits trop petits, ou à certains châtaigniers qui ont préféré se délester de leurs fruits pour survivre.

Nadia Vidal, présidente de l'AOP Châtaigne des Cévennes • François Desmeures

Le triste diamètre des châtaignes cette année... • François Desmeures

"Au final, les fruits tombent quand même tardivement cette année", s'étonne la Lozérienne. Mais l'an prochain, ça risque d'être une catastrophe dans les vergers. En récoltant cette année, on a bien vu sur les arbres que les feuilles avaient souffert". S'est ajoutée à cette agression météorologique, la "prédation" des sangliers, plus importante que d'habitude. "Ils font se retourner les filets, quand ils ne les mangent pas pour accéder aux châtaignes. Et on a un collègue chasseur à qui on ne donne pas l'autorisation de tirs de nuit quand il en surprend dans ses vergers", se désole Jean-Luc Vidal, mari de Nadia.

Cette année, les cèpes viennent de Corrèze... • François Desmeures

"Sur les parcelles récentes, il n'y a pas de possibilité d'irriguer, constate Nadia Vidal. Les arbres qui ont été greffés cette année ne survivront pas." La présidente de l'AOP Châtaigne des Cévennes ne préfère pas parler de "retenue collinaire", plutôt de "petit hydraulique, des bassins dans les terres", comme en disposaient d'ailleurs souvent les hameaux cévenols. Mais pour cela, des aides seraient nécessaires, quand clôturer "2,5 km coûte déjà 40 000 €..."

Philippe Boisson, président de la coopérative Origine Cévennes • François Desmeures

Au bord de l'Hérault, à Saint-Julien-de-la-Nef, Jean-Philippe Guibal, a pu bénéficier "de 70 m3 d'eau par jour, dans cette portion", pour arroser ses pommes, notamment la Reinette du Vigan, et ses noix. Mais "il a fallu être très vigilant à cause de la chaleur, confie-t-il entre deux clients de la foire. Le plus important, en plus de l'irrigation, c'est la taille que j'effectue chaque année" de façon à protéger les fruits. 

Au restaurant le Qu'Es Aquo, le service a commencé un eu avant midi • François Desmeures

Le producteur de pommes a néanmois dû utiliser un talc, "un produit blanc qui reflète la lumière du soleil", pour protéger certains pommiers. "La moitié du verger est aussi protégée par un pare-grêle", rassure-t-il. Pour Jean-Philippe Guibal, les retenues collinaires ne suffisent pas, face à la quantité d'eau qui tombe et file à la mer. Il souhaiterait voir émerger "un ou deux petits barrages sur l'Hérault", afin de disposer d'eau d'irrigation pour la vallée. Tout en sachant que la loi sur l'Eau ne le permettrait pas. 

Jean-Philippe Guibal sur son stand du Mas Neuf • François Desmeures

Loin de ces considérations, Sylvie et Françoise font une pause en mangeant sur les marches des halles du Vigan. Les deux soeurs, qui semblent avoir atteint l'âge de la retraite, sont venues d'Alès pour "sortir, voir du monde. Et favoriser les produits locaux." Étonnament, c'est leur première foire de la pomme et de l'oignon doux. Même si elles trouvent de l'oignon doux "dans les supermarchés d'Alès". Ici, elles apprécient "la qualité des produits" et "une fête qui a gardé son authenticité". "Et dans deux semaines, on sera à Lasalle !", rigole Sylvie. Le 1er novembre, il y sera surtout question de châtaignes...

Le team auto viganais, dévolu à la préparation des châtaignes grillése • François Desmeures

(*) Sylvie Arnal, maire du Vigan ; Régis Bayle, président du Pays viganais ; Emmanuel Grieu, maire de Mandagout ; Laurent Pons, maire de Vissec ; Sylvain André, maire de Cendras et président des Maires ruraux du Gard ; Jean-Luc Gibelin, vice-président du conseil régional Occitanie et élu à Salindres ; Patrice Canayer, conseiller régional et Denis Bouad, sénateur du Gard.

Le Jardin de Mazaalaï, liqueurs et sirops de Brouzet-lès-Quissac • François Desmeures

L'immense queue pour aller déguster les beignets d'oignons doux du Jardin de la Clède, de Valleraugue • François Desmeures

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Hassan, patron du Moulin Gourmet, n'a pas pris de pause ce dimanche midi • François Desmeures

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Les jeux pour enfants • François Desmeures

Cette année, l'organisation avait prévu un parking pour personnes à mobilité réduite à l'école Jean-Carrière • François Desmeures

La liste des nombreux producteurs et artisans, devant la pyramide d'oignons et de pommes • François Desmeures

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