Arrivée au pouvoir aux dernières élections municipales, la gauche nîmoise cherche encore la bonne manière de riposter au RN, première force d’opposition. Faut-il dérouler sa politique façon « fleuve » ? Répondre par communiqué, au lendemain d'un conseil municipal ? Ou, au contraire, ne pas réagir ? Récemment cette dernière option a été choisie par l’adjoint à la culture PCF Denis Lanoy, ulcéré par les propos de Marc Taullele, qui qualifiait de « progressisme woke ! » les œuvres données au conservatoire par le CIRCA de Villeneuve.
Gauche face au RN : quelle posture adopter ?
Pourtant, cet homme de lettres brûlait d’envie de lui rétorquer : « À l’époque, vous auriez censuré Molière que vous prétendez défendre aujourd’hui ! » Pas mal... Les réponses caustiques sont assez prisées par le maire Vincent Bouget. Un truc de "cocos" ? À la suite de la satisfaction affichée des élus RN de recevoir des lycéennes tchèques à Daudet, Vincent Bouget torpille : « En fait, quand ce sont vos amis, ça va. Mais quand ce ne sont pas des gens qui pensent comme vous, ça ne va plus… Décidement, on passe une bonne soirée ! »
Cette manière de répondre ne marche pas à tous les coups. Parfois, des dossiers plus complexes méritent des explications techniques, afin d’éviter les raccourcis, qui nourrissent le populisme. C'est notamment le cas du "plan de sauvegarde" des copropriétés dégradées, Le Basque (123 logements) et Les Arts (128 logements), à Pissevin, mis au vote lors du dernier conseil municipal. Dans ce cinquième quartier le plus pauvre de France, la moitié des logements sont privés. Des bâtiments des années 60, vétustes et, qui ont cruellement manqué d’entretien, à cause du non-paiement des charges de copropriété (environ 35 %, selon le rapport de la CRC).
La moitié des propriétaires ne vivent pas dans leurs logements. Certains sont même extérieurs au Gard. Des acquéreurs ont profité du faible coût du logement pour investir et percevoir ensuite un loyer souvent supérieur au parc social. Face à cette situation, le gouvernement a permis à Pissevin, en 2022, de bénéficier d’un plan de rénovation, baptisé « Orcod’IN ». Le seul de France hors région parisienne. Lors du conseil municipal, la ville de Nîmes a donc validé sa participation aux travaux d’urgence et de rénovation énergétique : 215 000 € pour Le Basque et de 95 000 € pour Les Arts. Ce "plan de sauvegarde", piloté par l'EPF (Établissement public foncier) pour une durée de cinq ans, est cofinancé par plusieurs partenaires*.
Une réponse morale sur une question technique
Pas besoin d'être devin pour prédire une réaction du RN sur ce dossier... L’élu d’opposition, Titouan Thomas, prend la parole pour justifier l’abstention du groupe RN : « Nous ne contestons pas la nécessité d’intervention mais… » Tout est dans le « mais » : « À ce niveau de dépenses, nous attendons des garanties précises sur les résultats obtenus. » Citant le montant des impayés, il répète : « Quelle garantie avons-nous ? »
En réponse, Pierre Jaumain lit son discours : « Derrière ces dossiers, il y a une réalité : des femmes, des hommes, des enfants qui vivent dans des logements indignes… Notre responsabilité est de leur rendre la dignité par le logement (...) C'est cela monsieur, la politique. » D'accord... Si la plaidoirie ne manque pas de souffle, elle tombe toutefois à côté. À une question technique, Pierre Jaumain choisit de répondre sur le terrain de la morale. Pourquoi ? Si une question est légitime, elle mérite une réponse, au risque de renforcer celui qui la pose - en l’occurrence, le RN - et de discréditer celui qui refuse d’y répondre.
Copropriétés privées : le futur enjeu de l’Antre 3 ?
Aujourd’hui, quel est l'enjeu ? Comment fonctionne l’« Orcod’IN » ? À l’instar de l’EPF, la SPL Agate (Société publique locale) mène une politique similaire sur d’autres copropriétés de Pissevin. Sa méthode : « travailler avec les syndicats de copropriétaires pour qu’ils engagent une procédure judiciaire contre les mauvais payeurs. Le but : récupérer les charges impayées », explique l’une de nos sources. Le bien peut être mis en vente par la justice. Dans ce cas, la SPL peut le racheter : « Cela sert à rembourser les impayés mais permet aussi à la société publique d’entrer au syndic pour peser sur les décisions. »
La vraie question aujourd'hui est donc l'avenir des logements rachetés : « Il faut trouver des locataires, ce qui n’est pas toujours évident. Et ensuite, des propriétaires sérieux. Mais qui ? Des investisseurs privés ? Des bailleurs sociaux ? Ou alors, la collectivité peut-elle en conserver la gestion de ces biens ? » Plusieurs acteurs du sujet espèrent que « le troisième Anru, plan de rénovation urbaine, soit consacré au logement privé. Ces copropriétés sont des bombes à retardement... » L'enjeu est là. Il ne faudrait pas qu'après les efforts, les mêmes causes produisent, à terme, les mêmes effets.