Publié il y a 2 h - Mise à jour le 12.10.2026 - Propos recueillis par Yannick Pons - 3 min  - vu 108 fois

L'INTERVIEW Laurence Dourieu : « Nous avons exactement les mêmes revendications que les lycéens »

Laurence Dourieu devant Daudet

- @Yannick Pons

Après la mobilisation au lycée Daudet de Nîmes en septembre et les manifestations lycéennes en France, Laurence Dourieu revient sur les revendications communes aux élèves et aux personnels. Professeure d’EPS dans l’établissement et représentante des personnels FSU sur les questions de santé, de sécurité et de conditions de travail, elle décrit les difficultés du quotidien, de la chaleur dans les salles à l’épuisement des équipes.

Objectif Sud : Quelle place occupent la santé, la sécurité et les conditions d’étude dans la mobilisation lycéenne ? Ces préoccupations rejoignent-elles celles des personnels dans le Gard ?

Laurence Dourieu : Nous, les personnels de l’Éducation nationale, avons exactement les mêmes revendications que les lycéens. Ils évoluent dans les mêmes conditions que nous. Eux pour leurs études, nous pour notre travail.

Nos revendications sont communes. Nous souhaitons des locaux adaptés aux conditions climatiques, au chaud comme au froid, pas de classes surchargées, davantage de personnel, en rendant le métier attractif par sa revalorisation, par exemple, pour pallier le manque d’enseignants. Et des moyens permettant un accompagnement réel des élèves, psychologues, assistantes sociales, infirmières, AESH, assistants d’éducation…

Au lycée Daudet, les fortes chaleurs ont conduit les personnels à débrayer au mois de septembre. Depuis, quelles réponses avez-vous obtenues ?

Certains cours du troisième étage ont été déplacés au rez-de-chaussée, des ventilateurs ont été installés et nous avons obtenu la promesse d’une remise en route des fontaines à eau existantes, à l’arrêt depuis la période Covid. Encore rien pour l’heure…

Nous avons la possibilité, en tant que personnels, de renseigner le registre santé, sécurité et conditions de travail afin d’alerter l’administration sur nos conditions de travail dégradées. Ces fiches sont reçues et attendent une réponse de notre chef d’établissement dans un premier temps.

Elles peuvent aussi être étudiées par le directeur académique des services de l’Éducation nationale, le Dasen, et la rectrice, en groupe de travail réunissant différentes organisations syndicales et les services de prévention de l’Éducation nationale, afin de trouver des solutions. Malheureusement, les réponses se font attendre.

Que réclamez-vous pour que les établissements puissent anticiper les prochains épisodes de chaleur ?

Une étude et la rénovation du bâti scolaire pour créer des îlots de fraîcheur, des points d’ombrage, installer des brasseurs d’air dans tous les établissements, comme il en existe en Guadeloupe et en Martinique, d’ailleurs. La végétalisation des cours de récréation. Des examens programmés le matin uniquement. Un budget adapté à cette rénovation et non amputé d’une partie, comme cela a été annoncé.

Quelles situations de souffrance au travail vous sont signalées par les personnels ?

Les cas de risques psychosociaux sont de plus en plus nombreux dans les registres. La souffrance des personnels vient en grande partie de l’épuisement décrit précédemment, des classes surchargées, des locaux dégradés et dangereux.

Par exemple, au lycée Dhuoda, un risque d’effondrement, des alertes incessantes, un internat quasi insalubre. Et la réponse est l’installation de 47 étais pour soutenir les coursives et pallier le risque d’effondrement à tout moment… De qui se moque-t-on ?

Il y a aussi le manque de moyens, la suppression de 1 488 postes prévue à la prochaine rentrée, peu d’accompagnement individuel. Pour les personnes en situation de handicap aussi.

Quelles réponses la médecine du travail peut-elle apporter ?

Nous avons un seul médecin du travail pour toute l’académie, au rectorat ! Dans le Gard, il n’y en a plus depuis des années. Les professeurs n’ont jamais eu de visite de médecine du travail. Elle est inexistante alors que l’employeur a l’obligation de la proposer !

Les responsabilités se répartissent entre l’Éducation nationale et les collectivités qui gèrent les bâtiments. Lorsque vous signalez un risque, parvenez-vous à obtenir une décision et un calendrier d’action ? Quelle revendication vous paraît prioritaire dans le Gard ?

On arrive à signaler certaines situations, mais elles sont trop nombreuses… Et les collectivités territoriales, elles aussi, souffrent du manque de moyens. Ce n’est pas que dans le Gard qu’il y a des priorités, c’est le système éducatif et sa dégradation intégrale qui sont à soigner !

Dans le Gard, la FSU défend les droits des personnels et l’amélioration de leurs conditions de travail dans les instances qui lui sont proposées. Mais être une simple chambre d’enregistrement ne suffit plus à remédier aux conditions de travail dégradées. Il faut réagir pour aider nos jeunes et améliorer leurs conditions d’étude. Les solutions sont connues, il faut y mettre le budget !

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