Béatrice B-Bonhomme décrit son travail pour que le visiteur puisse se l’approprier, le comprendre et dépasser une première impression : « La pivoine, « paeonia » du nom du dieu guérisseur de l'Antiquité « Paeon » sera au centre de mon exposition de peintures. Les métamorphoses de cette fleur magnifique et éphémère nous confrontent au cycle naturel des plantes : pousse, bouton, bourgeon, éclosion, vieillissement, graines et renaissance. »
Et Béatrice B-Bonhomme de reprendre : « À travers les diverses approches picturales où je poursuis la traduction de sa grâce, de sa fragilité, et de sa transformation, je propose au regardeur un moment de plaisir mais aussi un espace de réflexion dépassant la simple représentation d’un élément floral. »
Pour la série des « ready-scans », des impressions numériques, c’est une autre chanson ! « Cette série sans fin, dont l’appellation est un emprunt aux « ready-made » de M. Duchamp se construit en deux temps, celle de la collecte et celle de la numérisation, donnant lieu à des impressions sur PVC. Cette imagerie du réel nous ramène à l’humain, homo-faber. Comme une archéologie ludique, ces menus éléments collectés lors de mes marches méditatives sont comme autant d’indices du passage de l’humain-qui-fabrique et qui-détruit, mais ouvrent aussi l’espace à la poésie, à la rêverie et à toutes les interprétations possibles du regardeur attentif. »
Comme le dit Clément Rosset, récupérer pièce à pièce les lambeaux du réel en attendant d’être en mesure d’en reconstituer l’étoffe… Christian Skimao y voit d’autres choses : « Béatrice B-Bonhomme présente sa série de pivoines. En apparence, elle peint des fleurs, mais en réalité nous propose une réflexion sur leur signification, ou plutôt sur ce qu’elles dissimulent. La pensée qui traverse ses images conduit le spectateur vers un au-delà de la peinture et inscrit la figuration dans une conceptualisation en devenir. Face à l’apparence des choses se pose la question du caché de la représentation. Toute l’histoire de l’art nous rappelle combien l’acte de peindre se trouve marqué par son époque, ses enjeux esthétiques et philosophiques, sans oublier son mensonge ultime, car l’art fait toujours semblant. »
Œuvres réalisées à l’acrylique sur un papier léger, on pourrait retrouver une référence à la Grèce archaïque avec « Paeon » dieu guérisseur qui paradoxalement soigne les dieux et rejoint le terme grec de « paeonia », pivoine en français, utilisée autrefois comme remède. Les fleurs traversent toute l’histoire de l’art, en mettant l’accent sur les coloris et la symbolique du renouveau. Les pivoines s’inscrivent ainsi dans un monde en passe d’opérer de possibles guérisons spirituelles. Elles sillonnent le monde de l’Ouest (Europe) et celui de l’Est (Chine et Japon).
« Les œuvres de Béatrice B-Bonhomme interrogent la distanciation vis-à-vis de l’image-fleur. Les diverses bandes de composition proposent une déstructuration de la plante, entre fleurs et feuilles, laissant apparaître une vision parfois kaléidoscopique. Cette dissociation invite à abandonner un simple regard naturaliste pour s’interroger sur le sens même de chaque composition. Certains gros plans nous indiquent également la voie d’une possible abstraction », explique Christian Skimao.
Un mélange visuel qui repose sur des supports fragiles qui semblent en perpétuel déplacement. L’utilisation de papiers roulés et modulables évoque un nomadisme possible. Les surfaces colorées explosent et semblent sortir d’un cadre normé. Les réalisations, de différents formats, questionnent leur propre reproduction et proposent un développement singulier. Elles ne se trouvent pas achevées, au sens classique, mais demeurent évolutives.
Christian Skimao conclut que « L’artiste insiste également sur le lien et le tissage de liens. Cette référence indirecte à une certaine Pénélope des mythologies nous rappelle, que ce qu’elle a élaboré le jour se trouve, par elle, défait chaque nuit. Or, dans un renversement dialectique contemporain, c’est sans doute elle qui narre les aventures d’Ulysse sur sa tapisserie potentielle. Les pivoines mises au service d’Homère ? »
Ouverture aux horaires de la médiathèque, l’artiste sera présente le samedi 21 novembre de 15h à 18h.