« Être sélectionnés parmi les finalistes, c'est déjà une petite victoire », pense Guillaume Sagot, cofondateur d'Ateliers de Nîmes. Sélectionnée parmi près de 300 marques et projets européens, l'entreprise nîmoise voit son engagement pour une industrie textile plus responsable enfin reconnu. Une distinction importante pour cette marque qui, depuis douze ans, œuvre à la renaissance du denim dans son berceau historique.
Fondée en 2014, Ateliers de Nîmes s'est donné une ambition que beaucoup jugeaient alors irréaliste : réimplanter une activité de tissage de denim dans la ville qui lui a donné son nom. Après plusieurs années de recherches, d'investissements et de développement, l'entreprise est parvenue à remettre en fonctionnement des métiers à tisser et à produire ses propres toiles dans son atelier nîmois.
« Depuis douze ans, nous travaillons à reconstruire un savoir-faire industriel qui avait disparu de Nîmes. Nous avons investi, développé nos propres méthodes de fabrication et démontré qu'il était possible de produire du denim autrement. Pourtant, malgré ce travail, nous avons souvent eu le sentiment de rester invisibles auprès des grands acteurs de la mode responsable et de nombreuses institutions. Être sélectionnés parmi les douze finalistes européens, sur près de 300 candidatures, c'est déjà une petite victoire. C'est surtout la reconnaissance d'un travail de fond que nous menons avec conviction depuis des années », se rappelle Guillaume Sagot, cofondateur d'Ateliers de Nîmes.
Pourtant, malgré cette démarche et les résultats obtenus, Ateliers de Nîmes estime avoir bénéficié d'une reconnaissance et d'un accompagnement institutionnels limités. « Nous avons souvent eu le sentiment que notre travail était insuffisamment considéré. Nous avons pourtant fait ce que beaucoup appellent de leurs vœux : relocaliser une production industrielle, recréer du savoir-faire et développer des procédés moins consommateurs de ressources. Cette sélection montre que notre démarche commence enfin à être reconnue au-delà de notre territoire. »
Ateliers de Nîmes fait partie des 12 finalistes des Trophées européens de la mode circulaire 2026, un concours organisé par la Métropole européenne de Lille et l'ADEME (Agence de la transition écologique), avec le soutien du ministère de la Culture. Parmi près de 300 candidatures, la marque gardoise a été retenue pour son engagement environnemental, son savoir-faire industriel et son travail de relocalisation du tissage du denim à Nîmes.
Si Ateliers de Nîmes se distingue aujourd'hui, c'est notamment grâce à une particularité technique majeure : sa méthode de tissage du denim. Dans l'industrie textile conventionnelle, les fils de chaîne sont généralement encollés avant le tissage afin de faciliter leur passage sur les métiers. Cette opération nécessite ensuite un désencollage, une étape qui mobilise d'importantes quantités d'eau et peut générer des effluents contenant les produits utilisés.
Ateliers de Nîmes a développé une méthode de fabrication qui permet de tisser sans encollage, supprimant ainsi la nécessité de cette opération de désencollage. Cette approche permet d'éviter la consommation d'eau liée à cette étape, mais également les rejets associés aux produits d'encollage et aux traitements nécessaires à leur élimination. Ce procédé permet d'économiser environ 20 000 litres d'eau pour 1 000 mètres de toile tissée, soit près de 40 litres par jean. À la fin de l'année 2025, Ateliers de Nîmes estimait ainsi avoir économisé près de 750 000 litres d'eau, soit 750 m³, grâce à sa méthode de fabrication.
Une démarche environnementale qui repose non pas sur une simple promesse commerciale, mais sur une véritable transformation du processus industriel.
Cette nomination représente également un espoir pour l'avenir de l'entreprise. Ateliers de Nîmes souhaite poursuivre ses investissements et franchir une nouvelle étape dans la relocalisation textile, avec l'ambition de développer à terme la confection de jeans directement à Nîmes, en complément du tissage déjà réalisé sur place.
Un projet qui nécessite des moyens humains, financiers et industriels importants. « Nous espérons que cette reconnaissance européenne permettra également de sensibiliser davantage les collectivités et les institutions locales à notre travail. Les soutiens publics que nous avons reçus restent modestes au regard de ceux accordés à certaines entreprises comparables de notre secteur. Nous ne demandons pas de traitement de faveur, simplement que notre engagement industriel, nos investissements et nos résultats environnementaux soient considérés à leur juste valeur. »
Mais la sélection ne constitue qu'une première étape. Les Trophées européens de la mode circulaire accordent également une place importante au vote du public, qui représente un tiers de la note finale, les deux autres tiers étant attribués par le jury. Ateliers de Nîmes lance donc un appel à la mobilisation des habitants de Nîmes, du Gard et de tous ceux qui souhaitent soutenir la renaissance de l'industrie textile française.
« Le denim fait partie de l'histoire de Nîmes. C'est un patrimoine qui appartient à notre territoire, mais qui rayonne aujourd'hui dans le monde entier. Depuis douze ans, nous nous battons pour que cette histoire ne soit pas seulement un souvenir, mais redevienne une réalité industrielle. Aujourd'hui, nous avons besoin des Nîmois et des Gardois pour nous aider à faire reconnaître notre travail. Chaque vote compte et peut nous permettre de franchir une nouvelle étape. »
Au-delà d'une récompense pour une marque, cette candidature est aussi celle d'un territoire, de son histoire textile et d'une ambition industrielle retrouvée.
Ateliers de Nîmes invite donc tous les Nîmois, les Gardois et les amoureux du savoir-faire français à soutenir sa candidature en votant sur le site officiel du concours (jusqu'au 28 novembre).